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Auteur : Sujet: plus belle la vie  Bas
 océan
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 confirmé
 océan
  Posté le 15/07/2006 18:30:31
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Au fil des pages, il lui sembla reconnaitre certains mots. Elle avait déjà dû voir ce langage au cours de ses études. Plus elle y réfléchissait, plus elle se demandait si ce n'était pas du franco-provençal, un de ces dialectes valdotains dont les premiers écrits retrouvés dataient du XIXème siècle. Si cela se revélait vrai, ce manuscrit devait provenir de la vallée d'Aoste et de ses environs, ou avait été élaboré par un habitant de cette région. Elle voulait en avoir le coeur net et se mit en quête de contacter une association de défense du franco-provençal. Dans le même temps, elle envoya au laboratoire scientifique un échantillon de papier d'une des pages du livret.

Dans sa chambre d'hopital, Juliette commençait à trouver le temps long. Elle dormait beaucoup en pensant que Léa serait là à chacun de ses réveils. En vain, hélas ...
Elle se demandait si Léa avait pu prévenir ses parents et sa soeur, ou si l'hopital l'avait fait. Il fallait aussi appeler Anatole pour l'avertir qu'elle ne pourrait pas faire de séance photos avant longtemps. C'était dommage, pour une fois, elle aurait pu boucler sa fin de mois sans problème. Ses talents de photographe étaient de plus en plus reconnus et son carnet de rendez vous était plein à craquer.
Elle soupira et essaya de se retourner doucement sans réveiller ses douleurs. Ce lit d'hopital n'était pas aussi confortable que son matelas deux places en laine ! Subitement, le joie l'envahie : elle venait de  reconnaitre le foulard attaché à son poignet. Elle enfouit délicieusement son visage dans la texture soyeuse et, baignée dans le parfum si rassurant de Léa, elle se rendormit.

la vie a parfois un gout tellement amer, qu'on voudrait la recracher.
 clématite34
 Messages postés : 298
 super heros
 clématite34
  Posté le 18/07/2006 19:24:59
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Juliette fut réveillée par des voix dans sa chambre.
Elle ouvrit un oeil et vit toute une armée de gens, tous de blanc vêtus ... c'était la visite du matin.

- Bonjour Melle Dulac. Je suis le Dr Perez. C'est moi qui me suis occupé de vous. Comment vous sentez-vous ce matin ?

- Bonjour docteur. Ca va mais j'ai l'impression qu'un rouleau compresseur est passé sur mon corps. Qu'est-ce qui m'est arrivée, et que m'avez-vous fait ?

- Vous avez été renversée par une voiture.
Le choc a été violent et votre foie a été touché.
J'ai dû vous opérer en urgence pour stopper l'hémorragie, expliqua le chirurgien.
Mais rassurez-vous, tout est rentré dans l'ordre à présent.

- Et qu'est-ce que c'est que toute cette tuyauterie ?

- Ce sont des perfusions. Des calmants pour la douleur.

Une larme perla dans le coin de l'oeil de Juliette. Elle sentait que ses nerfs étaient près à lacher.

- Que va-t-il se passer maintenant ? Quand est-ce que je vais pouvoir rentrer chez moi ?

- Melle Dulac, vous avez subit un lourd traumatisme cranien.
De plus, je vous ai opéré il y a à peine 36 heures.
Nous devons vous garder en observation quelques jours.
Ne vous inquiétez pas, nous allons bien nous occuper de vous, courage ! répondit le médecin.

De jeunes gens prenaient des notes, probablement des étudiants en médecine.
Puis toute l'équipe médicale sortit de la chambre en jacassant, sans se retourner sur Juliette.

"Ne vous inquiétez pas ! Courage !"
Juliette avait envie de hurler...
Ces médecins !! Tous les mêmes !! Aucune humanité, elle n'était qu'une patiente lambda de plus pour lui ... pour eux.
Ce n'est pas ça qu'elle aurait souhaité entendre. Elle aurait voulu qu'il lui explique exactement ce qu'il avait trouvé lorqu'il l'avait opéré, si c'était très grave, quelles seraient les conséquences pour elle lorsqu'elle sortirait.
Elle était en colère. Contre eux, contre elle, contre Léa qui n'arrivait pas ...







clem
 clématite34
 Messages postés : 298
 super heros
 clématite34
  Posté le 19/07/2006 15:09:11
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Pendant ce temps, Léa examinait les documents dactylographiés que lui avait confié le policier.
La première page était une lettre type adressée probablement à une banque ou un organisme de fonds.
Sur les trois autres feuillets, des listes de chiffres et de noms.
Léa ne savait pas trop par quoi commencer.
Elle décida de demander son avis à Sam, son comptable. Il saurait s'il pouvait s'agir de comptes ou non.
Elle demanda à sa secrétaire de prendre rendez-vous avec lui le plus rapidement possible.

Puis elle décida qu'il était grand temps de retourner voir Juliette.
Elle enfila sa veste et sortit de son bureau.

clem
 océan
 Messages postés : 150
 confirmé
 océan
  Posté le 27/07/2006 20:37:47
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Subitement, elle revint sur ses pas, fouilla dans sa poche de veste, décrocha son téléphone et forma le numéro qu'elle lisait sur le papier chiffonné. Elle parla trois minutes avec son interlocuteur, raccrocha et sortit de son bureau.


La sonnerie du téléphone tira Juliette des brumes du sommeil. Au loin, elle reconnu une voix qu'elle n'avait pas entendu depuis au moins 6 mois : sa mère !

-Maman ! qui t'a prévenue?
-Juliette, comment vas tu ma fille? Que t'est-il arrivé ?
-Je vais bien, maman, enfin, je suis en vie ... un accident de voiture, on m'a opérée mais je ne sais pas trop où j'en suis. Ca me fait plaisir de t'avoir.
-C'est une certaine Mlle Ricaud qui vient de m'appeler.

Juliette sourit : Léa y avait pensé !

-Tu viens me voir quand, maman?
-Je ne sais pas, ma fille, tu sais, avec ton père, c'est difficile !
- Mais maman, j'ai failli mourir !
- Je vais voir, je vais me débrouiller... je vais lui parler. Tu sais, il est très faché contre toi.
Juliette secoua la tête de desespoir. Son père n'avait jamais accepté son homosexualité et même dans cette situation, on lui resservait cette vieille rancoeur.
Juliette soupira ...
-"maman, je t'en prie, viens..." et raccrocha sans attendre de réponse.

Décidement, personne ne comprendrait jamais qu'elle n'avait pas choisi son orientation sexuelle. Personne ne comprendrait jamais que ça lui était tombé dessus toute petite déjà...
Personne ... A part Léa peut être?

A ce moment, elle reconnu ses pas dans le couloir.

la vie a parfois un gout tellement amer, qu'on voudrait la recracher.
 océan
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 confirmé
 océan
  Posté le 07/08/2006 10:05:54
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En entrant dans la chambre, Léa trouva Juliette moins pâle, moins fatiguée, mais plus triste aussi.
Elles se sourirent sans se dire un mot, comme pour ne pas faire fuir le bonheur de la pièce.

Le regard clair de Léa plongea dans les yeux sombres de Juliette. Elle sentait que quelque chose clochait. Quelque chose s'était passé et Juliette n'allait pas bien.

Elle aurait voulu effacer, d'un geste, la ride soucieuse du front de son amie. Elle se sentit soudainement emportée par une vague de tristesse. Quelle nouvelle allait -elle lui apprendre ? Que c'était grave ? Qu'elle ne s'en sortirait peut être pas?

D'un coup, elle se ressaisit : ce n'était pas le moment de flancher... Juliette avait besoin d'elle... et elle avait besoin de Juliette.

Lentement, elle s'approcha de son visage, sans détacher son regard du sien. Elle ferma les yeux au contact doux et chaud de ses lèvres.
Le long frisson qui parcouru lentement le corps de Juliette balaya, pour un instant, ses pensées amères.

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 océan
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 océan
  Posté le 17/08/2006 10:13:14
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-"Comment te sens tu aujourd'hui?" osa demander Léa, après un long silence.

Juliette ne s'était pas encore posé la question. C'était comme si elle avait oublié son corps, comme si ses fonctions s'étaient réduites, d'un seul coup, à rien, comme si elle n'était plus qu'un seul et unique cerveau.
Penser, ça, elle pouvait le faire, mais se mouvoir, savait - elle encore?

Elle consulta intérieurement son corps en commençant par les pieds. De ce coté, il ne semblait pas y avoir de problème. Les jambes étaient juste un peu douloureuses. Elle remonta, par la pensée, jusqu'à ses abdominaux. Stupéfaite, elle s'aperçut qu'à cet endroit - enfin, un peu au dessus - elle ne sentait plus rien.

-"Léa, je n'ai plus de ventre ! Regarde ! ".
Léa recula devant le ton affolé de Juliette.
-"Bien sur que si, Juliette! Regarde toi même !".
Elle souleva doucement le drap et contempla l'énorme pansement qui lui barrait le corps.
-"Ca doit être horrible là dessous, je ne ressens plus rien, il y a mes jambes et après, plus rien et puis, à nouveau, ma poitrine et mes bras"
Tout en rassurant Juliette, Léa se promit intérieurement d'aller questionner le corps médical à ce sujet.
-"c'est normal, tu viens d'être opérée, il faut que tout cela se reconstruise !"
A moitié réconfortée par le ton calme de Léa, Juliette continua son examen interne.

-"Léa, j'ai mal au crâne, j'ai très mal au crâne et en plus, je viens d'avoir ma mère au téléphone. Merci de l'avoir prévenue, mais, tu sais, elle ne va pas venir me voir, j'en suis sûre..."
-"Ne racontes pas de bêtises, toutes les mères viennent voir leur fille dans ces situations"
-"Pas la mienne, Léa, tu verras, pas la mienne"

la vie a parfois un gout tellement amer, qu'on voudrait la recracher.
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